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Comment certains échappent aux caméras de surveillance et à la reconnaissance faciale

Alors que les caméras de surveillance et la reconnaissance faciale s'immiscent dans nos vies, la résistance s'organise. Du concept aux prototypes qui marchent, des artistes et des designers conçoivent des maquillages, des accessoires et des vêtements high tech qui vous permettrons peut-être demain de demeurer incognito.


Pour la pub ciblée des commerces, pour le déverrouillage des smartphones, pour « sécuriser » les lycées, et bientôt pour s’identifier sur les sites des services publics : petit à petit, de plus en plus, la reconnaissance faciale s’invite dans nos vies, sans réel encadrement, au grand dam des défenseurs de la vie privée et de la protection des données personnelles. Dans le cas de la sécurisation des lycées comme des aéroports, ainsi que dans celui des pubs ciblées, cette technologie est couplée à des caméras de surveillance, ou « vidéo-protection » selon le langage officiel, qui se multiplient dans l’espace public.

Selon une étude de l’entreprise américaine d'information économique IHS Markit, le nombre de caméras de surveillance devrait passer de 770 millions aujourd’hui à 1 milliard d’ici 2022. La moitié d’entre elles devrait se situer en Chine. Là-bas, la reconnaissance faciale est presque banale : elle permet de détecter des automobilistes ivres (grâce aux expressions du visage), de payer dans le métro, ou encore de faire ses courses au supermarché sans passer par la caisse. Elle permet aussi au régime communiste de surveiller sa population. On y compte environ 200 millions de caméras, selon une autre étude, de Precise Security cette fois.

D’autres pays émergents comme l’Inde et le Brésil devraient également en installer dans leurs rues, et aux USA, on devrait en compter 85 millions à la fin de l’année 2021, contre 60 millions actuellement, « car les écoles, les centres commerciaux et les entreprises chercheront à renforcer la sécurité dans leurs locaux », indique IHS Markit. En France, on dénombre actuellement 1,7 millions de caméras de surveillance, soit 2,5 caméras pour 100 habitants. Mais leur nombre devrait également s’accroître, et dépasser les 2,5 millions d’ici 2022 - ce qui reste un chiffre assez conséquent.

Des vêtements furtifs


Face à cette perspective, certains réfléchissent déjà à des parades pour échapper à la surveillance de ces caméras bientôt omniprésentes. Une fake news avait circulé l’automne dernier à propos de manifestants Hongkongais utilisant un « masque lumineux » qui transforme le visage. Mais il s’agissait en fait d’un projet artistique de Jing-Cai Liu, étudiant en design industriel à l'Université de technologie d'Eindhoven, aux Pays-Bas. Un « concept », donc, qui ne fonctionne pas. De son côté, l’AVG Innovation Labs imagine des lunettes « d’invisibilité » utilisant des LED infrarouges (placées au niveau des yeux) pour « casser » la détection du visage, ainsi que des matériaux « rétro-réfléchissants » permettant de renvoyer la lumière des flashs.

Mais au-delà de ces concepts, des accessoires, des vêtements et des techniques existent réellement pour échapper à la vidéosurveillance et à la reconnaissance faciale. Depuis 2013, un artiste américain basé à Berlin, Adam Harvey, conçoit ainsi réellement un arsenal de parades légales et accessibles au plus grand nombre pour « armer « les citoyens contre la surveillance. Dans sa « boutique de la vie privée », on trouve d’abord une collection de vêtement « Stealth Wear », qui comprend un sweat à capuche, une « visière thermique » et un foulard (semblable à un hijab) capables de contrer l’imagerie thermique des drones grâce à un tissu synthétique argenté qui réfléchit la chaleur.


 “Camouflage disruptif”


Dans son kit anti-surveillance, outre ces vêtements « furtifs », on trouve aussi le CV Dazzle, l’un de ses tout premiers projets ; une liste de « looks » à adopter pour tromper réellement les systèmes de reconnaissance faciale. Ces looks sont inspirés des camouflages des soldats de la Royal Navy pendant la Première guerre mondiale, le « camouflage Dazzle, ou « camouflage disruptif ». Reposant sur un motif complexe formé d'un enchevêtrement de lignes irrégulières et de couleurs très contrastées, il permettait de briser la silhouette d’un navire, afin de lui permettre d’échapper aux torpilles ennemies. De même, CV Dazzle utilise des coiffures et des maquillages permettant de « briser la continuité d’un visage », en obscurcissant les yeux et l’arête du nez, et en créant des asymétries de teint. Sachant que les algorithmes de reconnaissance faciale reposent sur la détection de caractéristiques telles que la symétrie et les contours du visage, l’idée est ainsi de créer un « anti-visage ».


L’objectif d’Adam Harvey est de « créer un style fonctionnel, esthétique et bon marché ». Il planche actuellement sur un projet de logiciel permettant de générer et d’appliquer « automatiquement » un tel camouflage sur le visage. Il a aussi imaginé et conçu des motifs flashy pouvant être imprimés sur des vêtements, qui permettent de berner l’IA des caméras de surveillance. Bardé de carrés noirs suggé­rant des visages aux yeux minus­cules, l’im­primé violet criard « HyperFace » sert ainsi à débous­so­ler les systèmes de recon­nais­sance faciale : il oblige en effet les « algorithmes de vision » à faire le tri entre 1200 visages différents.

Sur le même principe que le Stealth Wear, on trouve le projet KOVR (prononcé « cover »), mené par deux designers néerlandais, Marcha Schagen et Leon Baauw. Ils ont conçu un « manteau anti-surveillance » qui crée également une cage de faraday grâce à un tissu métallisé, afin de bloquer les signaux électromagnétiques des appareils électroniques alentour. Cette « cape d’invisibilité numérique », comme la surnomment ses concepteurs, se compose aussi d’une capuche qui recouvre entièrement le visage et déjoue les logiciels de reconnaissance faciale.


D’autres chercheurs, en Chine, planchent de leur côté sur un « masque d’invisibilité », qui utilise de minuscules LED infrarouges placées dans une casquette de base-ball, afin de projeter des « points de lumière » sur le visage de celui qui le porte et d’en modifier l’aspect, pour tromper les caméras et leurs logiciels.

Utiliserons-nous tous un jour un tel « camouflage urbain » pour nous cacher des machines ? « Je crée l'avenir que je veux voir : des gens qui portent des vêtements élégants qui bloquent la surveillance et améliorent la vie privée », explique l’artiste, qui espère qu’un jour, nous porterons tous de telles tenues, tout comme nos aïeux portaient tous un chapeau melon au début du XXe siècle.

À noter qu’à Hong Kong, des manifestants ont utilisé des appareils bien réels pour « saturer » les capteurs des caméras de surveillance : des lasers. Une technique low cost, mais plutôt efficace. Enfin, rassurez-vous : pour l’instant, selon des chercheurs, les technologies de reconnaissance faciale ne sont pas encore vraiment au point, puisqu’elles présentent un taux d’erreur de 81 %

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